Les gens, sur les blogs, ils s'envoient des tas de questionnaires à remplir - ils s'ennuient beaucoup, je comprends, ça m'arrive aussi.
Genre, le gars d'en face vient de me défier sur le thème de "si j'étais un garçon", sauf que moi, ha, je tombe pas là -dedans, parce que si j'étais un garçon je ferais de la muscu, du paintball, des jeux vidéo, je materais du porno, je boirais trop, j'aurais pas mes règles, j'irais jamais chez le coiffeur, je rentrerais seule à quatre heures du mat', je pisserais debout, je passerais pas des plombes dans la salle de bain..... euuuuuh mais c'est exactement ma vie, ça. Hmmm, je pense que c'est pour ça que Lâm m'a classée parmi les garçons. Et si j'étais une fille, alors ? Bah je porterais des jupes, des talons, du maquillage quand l'envie me prend, je danserais sensuellement sans passer pour une tapette, je n'aurais pas à m'embêter avec des poils sur le visage, je ne serais pas toujours en pleine prise de tête sur les concours de bite et les histoires de virilité, de positionnement, de machins chiants. Mais bref, tout ça je le suis déjà .
Les réponses des filles au questionnaire "si j'étais un garçon" me font flipper, en fait, et c'est là que je voulais en venir. Peut-être qu'elles sont nées dans des familles où on les a censurées, peut-être qu'elles s'autocensurent; mais des fois j'étais triste pour elles, triste qu'elles ne soient pas assez féministes, qu'elles flippent de s'assumer, qu'elles s'embêtent pour rien.
J'étais même triste pour les garçons, c'est dire, parce qu'ils croient qu'ils ne peuvent pas porter de talons hauts (alors qu'il suffisait de me demander où acheter des modèles masculins, j'ai la réponse à ce genre de questions pas si absurdes).
Y'a pourtant pas de portes fermées. Le corps n'est pas un piège, il n'empêche rien, on n'est pas à l'étroit dedans sous prétexte que des parties sexuelles sont internes ou externes.
La première fois que je suis venue au paintball avec mes jolies fringues et mon maquillage, les garçons se sont marrés (ce qui m'a facilité le headshot), mais comme je ne saisissais pas la contradiction flagrante entre porter un gun et du mascara, j'ai continué. C'est parce que je respecte l'intelligence des hommes que je me fous de ce qu'ils peuvent penser : il vient toujours, le moment où ils te confient en cachette qu'ils sont contents que tu n'aies pas fait le choix fille/garçon - le vieux choix qui ne veut rien dire, comme si t'étais obligée de lâcher un truc parce que t'en veux un autre, comme si bouffer des fraises excluait à tout jamais de se taper un granola.
Hé les filles-et-garçons, c'est qui les gens qui vous ont appris à renoncer à ce que vous avez envie d'être ? C'est qui les Talibans du quotidien qui ont détruit la moitié de vos possibilités ? C'était quand le moment où vous avez lâché l'affaire ?
Bref, si j'étais un garçon, ça ne changerait strictement rien à ma vie. Je suis à des milliers de kilomètres en apesanteur au-dessus des sexes et des genres, j'ai l'impression d'être riche de ça, mais riche en millions de dollars - et du coup, le petit questionnaire à la con du net, il me rend heureuse, juste parce que je ne peux pas répondre (conclut-elle après 50 lignes de blabla).
PS : et le t-shirt pour énerver les copains végétariens, il est là .
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